Albert Schnelzer (né en 1972)

Composition : 2007-2008
Commande : Orchestre de chambre de Stockholm
Création : le 11 mai 2008 au Historiska Museet de Stockholm, par l’Orchestre de chambre de Stockholm placé sous la direction de Mats Rondin

La musique suédoise, contrairement à la musique norvégienne avec Grieg, à la musique finlandaise avec Sibelius ou la musique danoise avec Nielsen, a sûrement manqué d’un compositeur représentatif sur la scène internationale pour s’imposer au-delà des frontières scandinaves. Non qu’elle ait été privée de musiciens de valeur, mais que ceux-ci semblent avoir été moins préoccupés par les problèmes d’authenticité nationale que leurs voisins nordistes. Il aurait alors été tentant de voir en la musique suédoise une sorte de petite sœur de la musique allemande, tant elle a eu du mal à s’extraire du modèle germanique. Que l’on songe seulement à Franz Berwald, boudé dans son propre pays, mais qui a goûté le succès à Berlin, à Vienne et à Salzbourg. A Ludvig Norman, profondément marqué par l’enseignement de Moscheles, de Hauptmann et de Ries, et naturellement influencé par Mendelssohn et par Schumann dans ses propres cours de composition à Stockholm. Parce que l’Allemagne était une étape nécessaire à toute formation digne de ce nom, Leipzig a également accueilli Söderman, et Dresde a reçu Hugo Alfvén et Wilhelm Peterson-Berger. Un lourd héritage dont ne s’est pas non plus détourné Karl-Birger Blomdahl, grand admirateur de Hindemith, et Wilhelm Stenhammar, excellent interprète des pièces pour piano de Brahms. Pourtant, d’autres pages musicales ont entretenu un fabuleux patrimoine d’histoires, de légendes et de mythes, participant à la sauvegarde des récits peuplés de héros réels ou imaginaires, de créatures des mers ou des montages, jusqu’à la chasse aux sorcières d’une Nuit blanche de Blomdahl. Un patrimoine également préservé par une très forte tradition chorale, et que quelques ensembles d’étudiants scandinaves ont  révélé au public parisien dès la seconde moitié du dix-neuvième siècle à l’occasion des expositions universelles.

Né à Värmland en Suède, Albert Schnelzer a joué du clavier dans un groupe de rock avant d’entreprendre des études à l’Académie de Malmö et au Collège Royal de Musique de Londres, travaillant la composition auprès de Sven-David Sandström, Rolf Martinsson puis Julian Anderson, la direction auprès de Gunnar Staern, Lars Jensen puis John Carewe. De ses premières expériences musicales et de son goût pour la danse, il a gardé le goût des fusions stylistiques, sa Dans pour le diable se situant « à la croisée de Franz Liszt et d’Iron Maiden » tandis que d’autres ouvrages se souviennent plutôt des musiques populaires des Balkans, mêlant la modalité klezmer aux rythmes de polska scandinave. Remarqué lors du Festival Présence de Radio France, Albert Schnelzer se positionne véritablement sur la scène internationale avec la reprise de A Freak in Burbank (un Monstre à Burbank) dans le cadre des BBC Proms, en 2010 au Royal Albert Hall. Un titre qui évoque Tim Burton, car Albert Schnelzer se reconnaît un peu dans le monde étrange et onirique du réalisateur né à Burbank aux Etats-Unis. Initialement, Esa-Pekka Salonen lui ont demandé une pièce qui s’inscrive dans la classicisme de Joseph Haydn et de l’orchestre typique du XVIIIe siècle. Non pas un pastiche, mais quelque chose qui pourrait compléter un programme dont le musicien viennois occuperait la plus grande place. « La musique de Joseph Haydn a toujours été une source d’inspiration pour moi », explique Albert Schnelzer. « Ce que je ressens comme étant l’essence de sa musique, c’est la transparence, le caractère ludique, les contrastes et le caractère parfois presque burlesque. » Autant de particularités que Haydn semble partager avec Tim Burton, bien que celui-ci se soit préalablement imposé par ses pulsions destructrices, arrachant les têtes de ses petits soldats, terrorisant ses voisins en leur annonçant le débarquement d’étrangers, puis se refugiant dans les images de quelques films d’horreur. « Dans ce morceau », ajoute Albert Schnelzer, « je voulais prendre un orchestre de taille Haydn, partir de la nature-même de la musique de Haydn, mais placer la musique dans un environnement plus moderne. L’esprit de Haydn survivra-t-il dans une banlieue américaine ? » De Haydn, lui-même reconnaît qu’il ne reste guère de chose, sinon un peu de l’esprit, dans des trilles espiègles peut-être. Des roulements de timbales aussi, bien que nous ne soyons plus ici dans le projet de Londoniennes. Car A Freak in Burbank s’ouvre sur un mystère. Des premiers grondements, des rires sont autant de ruptures avec la matière mouvante et répétitive sur laquelle la forme globale repose tout entière. Et si l’on a peut lire ici ou là que l’esthétique de la pièce évoque la musique de film, les images qui défilent n’ont nullement besoin d’écran pour s’imposer entre une saisissante fanfare et une cristallisation soudaine du discours.

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, timbales et cordes.

Durée approximative : 9 minutes

Première exécution à Monte-Carlo