Antonio VIVALDI (1678-1741)

Selon les musicologues, seul un cinquième des concertos de Vivaldi fut publié de son vivant, ce qui donne une idée des pertes....C'est en 1703 que le musicien prend ses fonctions à La Pietà de Venise (selon un contrat très particulier, Vivaldi voulant conserver sa liberté) où les registres témoignent d'un salaire perçu comme « maître de concerts » de 1723 à 1729. C'est à cette époque que sont écrits les concertos destinés au choeur de filles de l'institution. Parmi ceux-là sont cités prioritairement les concertos pour viole d'amour et pour mandoline.Or, à ces instruments est directement accolé le nom d'une jeune instrumentiste particulièrement virtuose et « versatile » (maîtrisant plusieurs instruments) : Anna Maria dal violino. Née en 1696, son nom apparaît en 1720, car les députés décident d'acquérir un violon de qualité (1) pour Anna Maria, « fille de cet hospice, afin que celle-ci puisse pratiquer dans le choeur avec la virtuosité notoire qu'on lui connaît et le succès qu'elle remporte ».

Au XVIIIe siècle, la mandoline est un instrument fort prisé des amateurs, essentiellement aristocrates. Cet instrument à cordes pincées, au son grêle, exprime parfaitement la fragilité de l'existence humaine, la vulnérabilité des choses et de l'âme...Dotée de six cordes, Vivaldi la traitait le plus souvent comme un violon joué pizzicato. Elle est présente dans trois concertos, RV 425, RV 532 et RV 558, les manuscrits autographes des deux premiers sont conservés à Turin.

Composé en 1725, le Concerto en ut majeur, RV 425, est formé de deux mouvements rapides encadrant un mouvement lent. Allegro : pour ne pas écraser le son faible de la mandoline, elle n'est accompagnée ici (comme dans le troisième mouvement également rapide) que par la basse continue ou le violoncelle. Reconnaissable entre toutes, l'écriture de Vivaldi se construit sur une tonalité aux polarités renforcées suivant des marches harmoniques et un progression chromatique qui lui confèrent cette stabilité si réconfortante, cette vitalité primordiale. Le Largo en la mineur développe une sorte de méditation soliste en pizzicato que les cordes se contentent de ponctuer, d'agréer...Retour à la vie extérieure avec cet Allegro final qui joue davantage sur les accélérations et ralentissements de tempi, sorte de jeu subtil entre le soliste et l'orchestre d'une étonnante brièveté.

Aux interprètes ne possédant pas la versatilité d'Anna Maria, Vivaldi indique : « On peut aussi jouer avec tous les violons en pizzicatos ». A bon entendeur !

Alice BLOT

(1) Les députés (décideurs) de la Pietà achète l'instrument qui lui avait été prêté par « Signor Solves, Maître d'Instruments », un violon exceptionnel et de grand prix « qui convient parfaitement au talent de cette Fille ; ce même violon devra toutefois rester dans le Lieux Pieux, et inscrit....dans l'inventaire du choeur. »