S. RACHMANINOV (1873 - 1943)

- Moderato
- Adagio sostenuto
- Allegro scherzando

Soliste : Maurizio BAGLINI

En juillet 1900, Rachmaninov, âgé de 27 ans, faisait part à un ami de son désir de quitter l'Italie où tout travail semblait devenu impossible.  Il rentrait en Russie avec "l'ardent désir de travailler dur", et de ce fait, quelques semaines plus tard, le compositeur pouvait donner dans un concert de bienfaisance, les deux mouvements de ce qui devait devenir, l'année suivante, son 2ème concerto pour piano.

Après une introduction de huit mesures, le Moderato initial expose et développe une première idée, dont Rachmaninov lui-même contestait la valeur en tant que telle.  pourtant après l'apparition du second thème, reposant et calme, le développement se fera par l'utilisation fastueuse du premier motif jusqu'à une marche triomphale, et du second transfiguré par son exposition au cor solo.

L'Adagio sostenuto est un ample intermezzo lyrique, construit sur deux thèmes et plus animé dans sa partie médiane.  Une cadence du soliste précède une courte coda.

L'Allegro scherzando final est construit sur un thème très martelé, qui nous rappelle combien Rachmaninov, par son hérédité mi-slave, mi-romane, était prédestiné à un compromis entre les styles nationaux.  Un thème secondaire sera adjoint à ce motif principal qui apparaîtra sous différentes parures, après son exposition par le hautbois, opposera sa douceur au rythme du premier et reviendra sous forme d'un lyrisme pour couronner un développement richement contrasté.  Mais c'est un épisode brillant qui conduira à une glorieuse et énergique conclusion.

A propos du second thème de ce final, on se souviendra de l'authentique anecdote que voici.  Entendant une mélodie composée par un de ses amis, Nikita Morozov, Rachmaninov s'écria : "Tiens ! Voilà une mélodie qui j'aurais pu composer !".  A quoi Morozov, dans un généreux élan de véritable amitié, répondit simplement : "Eh bien ! Pourquoi ne pas l'utiliser ?".  ce qui fut fait...  on parle si facilement de l'égoïsme et du mauvais caractère des musiciens qu'il est agréable et juste de mettre en exergue à l'audition de cette œuvre un aussi joli "moi" d'amitié.

Y.H.