Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

En regard des grands opéras de Mozart, Cosi fan tutte,  drama giocoso en deux actes et une ouverture, occupe une place à part. Cette singularité est multicausale... Août 1789, marque le retour sur la scène viennoise des Nozze di Figaro qui, après trois ans d'absence, remporte un succès autrement considérable que ne fut celui de sa création...Mozart semble donc recouvrer le soutien et l'estime de Joseph II qui lui commande un nouvel opéra mais en lui imposant le sujet. C'est la première fois que le compositeur doit « faire avec » un argument qu'il n'a pas choisi....et qui se trouve être à l'opposé de ses conceptions les plus intimes et profondes concernant l'amour, la fidélité, la femme...Mozart a la tâche perturbante d'exprimer une réalité (ou une fiction ?) et des sentiments allant à contre-courant de lui-même...Les femmes sont bafouées et par là même, l'amour tel qu'il est dépeint dans La Flûte ou dans Don Giovanni, nié. Lorenzo da Ponte devra, ici entièrement écrire le livret et non procéder à une adaptation de texte . C'est peut-être cette profonde dichotomie interne qui confère à l'opéra l'essentiel de son tragique (alors même que la situation relève davantage du burlesque, voire du burlesque populaire).

La partition de Cosi aurait été écrite en quatre mois, d'août à décembre 1789 (les détails de son élaboration n'étant pas connus). Ce que nous savons, en revanche, c'est que Mozart au moment de la Saint-Sylvestre en donna dans son nouvel appartement de Vienne une première audition privée en présence de son grand ami JM von Puchberg et....Joseph Haydn, qui assistèrent également aux premières répétitions avec orchestre. La création de Cosi a lieu le 26 janvier 1790 au Burgthater de Vienne. Le succès assez moyen ne suscite aucun débat passionné comme pour ses grands opéras précédents....et s'il n'y a que cinq représentations, la raison en est la mort de l'empereur Joseph II...... Celui-là même qui venait de reprendre son compositeur en considération !!!

L'Ouverture, que Mozart compose en toute fin d'opéra, se veut comme toujours un condensé de l'action à venir. Moralement revigoré par la reprise de ses Noces, le compositeur lui « emprunte » plusieurs idées musicales que l'on retrouve dès l'ouverture...S'ouvrant sur deux puissants accords, tutti et forte (do majeur), les douze premières mesures font entendre ce que chantera Alfonso à l'acte II, scène 13 (Cosi fan tutte). Débute alors un presto, partie principale et névralgique, bâti sur un thème déjà entendu : Basile s'exclamant «Cosi fan tutte le belle (Trio n°7, acte I des Noces de Figaro). Si, dès l'andante le hautbois s'impose, ce sont (dès le presto) les bois dans leur intégralité qui seront les protagonistes essentiels de cette page introductive. Un vaste jeu de question/réponse, vagues déferlant d'un pupitre l'autre, créent une impression d'immédiateté, de tourbillon déstabilisant à l'image de cet imbroglio que la conclusion de l'ouvrage va cependant éclairer, pour le meilleur ou pour le pire ??? Mozart ayant, ici, fait valoir son droit de réserve.... !!!

Alice BLOT