Niels Wilhelm Gade (1817-1890)

Dédié à Heinrich Wilhelm Ernst
Composition : 1844
Création : le 24 Novembre 1844 par l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig placé sous la direction du compositeur

« Mon cœur est dans les Highlands, mon cœur n’est pas ici. » Comment ne pas penser, en parlant de l’Ecosse, au poète Robert Burns, surnommé le « fils préféré de l’Écosse » ou le « barde de l’Ayrshire » ? Traduit en allemand par Gerhard, mis en musique par des musiciens aussi différents que Krebs, Frantz, Schumann et Gade, son poème se poursuit : « Mon cœur est dans les Highlands, au coin du bois. / Là il chasse le cerf et poursuit le chevreuil ; / Mon cœur est dans les Highlands, vers où je vais ! / Adieu, mes Highlands, mon endroit secret ! / Berceau de la liberté, le courage est là-bas. / Où que j’aille, où que je sois : / Vers les collines, vers les collines je suis entraîné. »

Avec ses paysages de lacs et de landes, ses demeures habitées de fantômes, ses brumes mystérieuses et ses légendes, l’Ecosse fascine les romantiques. Les écrivains bien sûr, à commencer par Nodier qui livre ses impressions dans sa Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse, mais aussi les musiciens puisque Mendelssohn en ramène dès 1829 autant de souvenirs que d’idées musicales. De son voyage naîtront la Troisième symphonie pleine de fantaisie ainsi que l’Ouverture des Hébrides, imaginée après la visite de la Grotte de Fingal. Quant à Donizetti, Berlioz et Rossini, c’est chez Sir Walter Scott qu’ils découvrent les sujets de Lucia de Lammermoor, de Waverley et de La Dame du Lac. A cette liste pourrait être ajoutés Ossian, ou les Bardes, opéra de Lesueur, un air de Werther mis en musique par Massenet sur un de ces énigmatiques poèmes publiés par James Macpherson, ou bien une Fantaisie écossaise de Max Bruch, emplie de refrains populaires et d’hymnes patriotiques, et naturellement influencée par la harpe celtique. Autant d’œuvres célébrant les Highlands et leurs mystères… Rien d’étonnant que Gade ait commencé sa carrière de compositeur avec ses Souvenirs d’Ossian, ouverture de concert qui lui vaut d’être lauréat en 1840 d’un concours organisé par la Société musicale de Copenhague ; plusieurs générations d’artistes ont été, comme lui, charmées par ces reconstitutions habiles de l’art du barde. La recette du succès ayant parfaitement fonctionné en Finlande, c’est encore l’Ecosse qu’il propose au public leipzigois lorsque, installé depuis un an en Allemagne, il est nommé chef assistant de l’orchestre du Gewandhaus aux côtés de Mendelssohn. A peine a-t-il achevé Dans les Highlands qu’il en dirige lui-même la création. Impossible de ne pas relier l’œuvre à la symphonie de Mendelssohn, créée à la même époque. Mais là où Mendelssohn installe patiemment son décor avant de le perturber par les grondements de l’orage, Gade se contente de quelques motifs de cornemuse et de rythmes lombards, autrement surnommés rythmes boiteux, typiques de l’art populaire écossais avec leur enchaînement d’une valeur brève et d’une valeur longue (croche – noire pointée). Se succèdent alors une introduction (Andante) et une brève esquisse de danse (Allegro moderato), puis un Allegro molto héroïque de forme sonate, entrecoupant les fanfares de motifs entendus précédemment, l’aspect descriptif ou narratif de l’ouverture s’effaçant derrière un lever de rideau d’une indéniable efficacité dramatique.

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes (la 2ème jouant aussi le piccolo), 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 2 trombones, tuba, timbales et cordes.

Durée approximative : 7 minutes

Première exécution à Monte-Carlo