Antonin Dvořák (1841-1904)

Composées en 1878

I. Presto
II. Allegretto scherzando
III. Poco Allegro
IV. Tempo di menuetto
V. Allegro vivace
VI. Allegretto scherzando
VII. Allegro assai
VIII. Presto

Bien que les Danses slaves suivent plus ou moins le modèle brahmsien des Danses hongroises, modèle d’autant mieux connu par Dvořák que ce dernier avait orchestré cinq des danses du musicien allemand, sans doute n’est-ce pas un hasard si elles furent composées la même année que les Danses norvégiennes de Grieg, c’est-à-dire à une époque où les différents territoires européens aspiraient à une autonomie culturelle et politique. Quelques actions en faveur d’un nouvel opéra tchèque, dès 1826 avec Drátenik de František Škroup, avaient bien été lancées dès la première moitié du dix-neuvième siècle. Mais du point de vue musical comme du point de vue linguistique, la culture y était encore placée sous tutelle germanique, et les Danses slaves de Dvořák n’auraient peut-être pas vu le jour sans la signature d’une nouvelle constitution en 1861, prémices à la reconstruction d’un Théâtre national dont la direction allait être confiée cinq ans plus tard à Smetana.

Curieusement, les grandes nations dominantes s’empressèrent d’accueillir ces nouvelles expressions d’un patriotisme de plus en plus ardent, y trouvant sûrement quelques agréables sensations de dépaysement. Et l’éditeur allemand Fritz Simrock ne tarda pas à entrevoir quels étaient les avantages qu’il pourrait tirer d’une suite de danses populaires de Dvořák  pour piano à quatre mains, alors qu’il rechignait habituellement à publier la musique de chambre du compositeur tchèque. Venant d’achever un recueil de danses écossaises et s’apprêtant à écrire plusieurs rhapsodies slaves, Dvořák se mit donc au travail et, pour répondre aux attentes de son commanditaire, acheva ses danses en moins de deux mois, n’en passant que trois à peine pour en proposer une version orchestrale… Bien sûr, l’air du temps ne suffit pas à expliquer l’extraordinaire succès de cet ouvrage. L’enchaînement des première et deuxième danses montre que cette série de courtes pièces est plus qu’une simple collection. Véritable coup de théâtre, un accord de mi mineur permet de comprendre comment l’agencement et l’instrumentation des motifs favorise, sinon les effets dramatiques, de nombreux changements de décor ou d’atmosphère. Et bien qu’on puisse penser que les pièces n’ont aucune parenté entre elles, on peut se demander si le compositeur n’a pas voulu faire de la dernière une sorte de brillante synthèse grâce à ses contrastes sonores et à sa constante oscillation entre sol mineur et sol majeur. Une hypothèse que semble confirmer son caractère de furiant très proche de celui de la première danse.

D’une danse à l’autre, nous pourrons alors distinguer quelques rythmes caractéristiques de polka (III), de scočná (« sauteuse tchèque », V et VII) ou de sousedská (IV et VI). Dans la deuxième, une douce complainte laisse bientôt place à une vovčacká, danse traditionnellement réservée aux hommes. Mais Dvořák n’a recouru à aucun matériau préexistant, évitant  toute citation et veillant à ce que l’authenticité de son œuvre soit tout entière le produit de son imagination. Pari parfaitement réussi puisque sa partition n’a pas même attendu d’être achevée pour connaître ses premiers succès, avec la création des première, troisième et cinquième danses dès le 16 mai au Théâtre provisoire sous la direction d’Adolf Čech. Quelques mois plus tard, le cycle tout entier triomphera à Dresde et à Londres, ainsi qu’à Nice dès le mois de janvier 1879, six ans avant que Dvořák ne réédite son exploit avec huit autres danses.

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes (la 2ème jouant aussi piccolo) – 2 hautbois – 2 clarinettes – 2 bassons – 4 cors – 2 trompettes – 3 trombones - timbales – percussion - cordes

Durée approximative : 35 minutes

Dernière exécution à Monte-Carlo : 3 mai 1992 – Auditorium Rainier III – Lawrence FOSTER, direction