Zoltan Kodaly (1882-1967)

  1. Prélude
  2. L’horloge musicale de Vienne
  3. Chanson
  4. Bataille et défaite de Napoléon
  5. Intermezzo
  6. Entrée de l’Empereur et de sa cour

20 minutes environ
Composition : 1925-1927
Création : à Budapest en 1926 / Suite : à Barcelone en mars 1927.

14 avril 1925 : Istvan Vagi prend la direction du tout nouveau Parti socialiste ouvrier hongrois. La situation est complexe pour la monarchie : toutes les tentatives pour restaurer les Habsbourg ont échoué, et l’échec de la Terreur rouge a conduit à l’exil des communistes. Si la république proclamée en 1918 n’est pas parvenue à totalement s’imposer, la monarchie n’a du système que le nom, monarchie sans roi mais menée de main de maître par un amiral régent et un ministre  Un contexte politique qui n’est sans doute pas innocent dans le choix du sujet de Háry Janos, entretenant le souvenir de la souveraineté de l’empereur d’Autriche. « Pièce musicale en quatre aventures avec prélude et épilogue » selon l’affiche, Háry Janos échappe aux tentatives de classification. Inspirée par Les Aventures de Háry Janos, de Nagyabony au Burg de Vienne, l’essence de l’œuvre est à chercher en des contrées rarement explorées sur scène, non pas dans le quotidien d’un quelconque paysan mais dans l’âme et dans les chants populaires du pays lui-même. Háry Janos, déclarait Kodaly, est un « miroir de la Hongrie. Tous les Hongrois ont – ou, au moins, ils voudraient avoir –, quelque chose de ce Háry, de sa bonne volonté, de sa serviabilité désintéressée et de sa loyauté, de son héroïsme et de son amour de l’homme. »

Háry ? Un ancien soldat contant à qui veut l’entendre comment il est parvenu à remporter seul une bataille contre Napoléon, a été nommé général, a sauvé l’impériale Marie-Louise mais a refusé de l’épouser pour demeurer fidèle à son amour de jeunesse, renonçant aux ors de Vienne pour rentrer dans son petit village. Autant d’anecdotes empruntées par les librettistes Béla Paulini et Zsolt Harsany à un poème épique de Janos Garay, lui-même influencé par les récits d’un vieux militaire devenu potier, qui a vraiment existé. Ainsi, la réalité traverse les fantasmes vécus par celui qui éprouve le besoin de se raconter. « Au premier abord », poursuit Kodaly, « il apparaît peut-être comme un simple héros en chambre. Mais au fond, c’est un poète emporté par ses rêves et ses émotions. Ses récits ne sont pas véridiques mais peu importe. Ils sont le fruit d’une imagination débordante, qui crée pour elle-même et pour autrui un bel univers onirique. » Et le compositeur d’en conclure que vérité historique et fantaisie populaire fusionnent pour ne faire qu’une « entité indissoluble, la légende, qui est plus vraie que l’histoire. » Harry incarne alors tout le peuple hongrois, dont la réussite semble, selon Kodaly, condamnée à n’exister qu’en rêve. Le prélude, d’une émouvante nostalgie, plonge l’auditeur dans ce passé perdu et qui n’a vraiment existé que dans les rêves du héros. Il s’agit, crescendo, d’un lever de soleil sur les paysages hongrois. Mais les premières mesures, saisissantes, figurent un grand éternuement, en lien avec la croyance populaire que tout récit introduit de la sorte est ou deviendra vrai. Puis les cloches se mettent à sonner, en référence à la fameuse horloge du palais viennois. La nostalgie du pays natal revient à Háry et à sa bien-aimée à travers le timbre de cymbalum, dont les cordes métalliques sont si typiques de la Hongrie. De la pièce, la suite d’orchestre conserve des couleurs et des images sans vraiment s’attacher au fil chronologique, gagnant la faveur du public avec les échos de bataille disloquant la Marseillaise, ou les rythmes de danses de recrutement, favorisant autrefois l’inscription des militaires.

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
3 flûtes jouant aussi le piccolo, 2 hautbois, 2 clarinettes (la 1ère jouant aussi  la petite clarinette), 2 saxophones alto, 2 bassons, 4 cors, 3 trompettes, 3 cornets, 3 trombones, tuba, timbales, percussion, célesta, cymbalum, piano et cordes.

Durée approximative : 25 minutes