Serge√Į RACHMANINOV (1873-1943)

Sur les quarante cinq num√©ros d'opus que compte la production de Rachmaninov, il est int√©ressant de noter qu'il n'y a, pour ainsi dire, rien √† mettre au rebut. Originaire de Novgorod, l'enfant re√ßoit ses toutes premi√®res impressions musicales des √©glises, les cloches autant que la liturgie orthodoxe. Sa formation chez le c√©l√®bre professeur de piano moscovite √† l'efficacit√© aussi redoutable que l√©gendaire, Nikola√Į Zverev, sera d√©cisive, tant sur le plan pianistique que sur celui de l'ouverture intellectuelle (litt√©rature, po√©sie, th√©√Ętre, rencontres d'artistes, etc.). C'est l√† qu'il va √™tre remarqu√© et encourag√© par Tcha√Įkovski, figure tut√©laire dont l'influence sera pr√©pond√©rante jusqu'√† la fin du si√®cle, avant de faire ses classes d'√©criture avec Arenski et Tana√Įev, obtenant la m√©daille d'or du Conservatoire (Moscou) en 1892, avec son op√©ra Aleko, d'apr√®s Pouchkine. Entre 1893 et 1897 para√ģtront coup sur coup ses premiers opus d'importance, dont Le Rocher, op.7, avant que l'interpr√©tation de sa Premi√®re Symphonie sabord√©e par un Glazounov (ivre) au pupitre et assassin√©e par le critique (et, membre des Cinq), C√©sar Cui...ne jette Rachmaninov dans une d√©pression et un silence de trois ans, (ne maintenant que son activit√© de pianiste et de chef d'orchestre). Cr√©√©e √† Moscou, C'est au cours de l'√©t√© 1893, dans une paisible maison de vill√©giature, non loin de Kharkov, que Rachmaninov compose sa Fantaisie, op.7, (Le Rocher), entendue et approuv√©e par Tchaikovski, qui aurait du en assurer la cr√©ation... (il meurt le 6 novembre¬†! ). Le Rocher est cr√©√© √† Moscou, le 20 mars 1894, sous la direction de Vassili Safonov. Sur la partition l'auteur indique avoir √©t√© influenc√© par un po√®me de Lemontov, pr√©cis√©ment par ce vers¬†: Au sein d'un rocher g√©ant a sommeill√© un petit nuage d'or. Il reconna√ģtra plus tard s'√™tre plut√īt inspir√© de l'ouvrage de Tchekhov, Pendant le voyage, racontant la rencontre, dans une auberge isol√©e, de deux voyageurs, une charmante et bienveillante jeune fille et un homme d'√Ęge m√Ľr accabl√© par la vie. Au cours de la nuit, il va lui raconter ses infortunes et, au matin, elle s'en va, le laissant seul avec ses regrets,

Musicalement, la pi√®ce s'ouvre sur un th√®me confi√© aux violoncelles et contrebasses, rejoint par le basson sur un insistant intervalle de demi-ton descendant (l'homme), jaillit alors une fl√Ľte brillante (la jeune fille). La fl√Ľte introduit ensuite un motif, qui va parcourir toute la partition, symbole des infortunes du personnage. Ces √©l√©ments s'entrem√™lent au cours d'un discours de plus en plus fleuri qui va atteindre son climax avec le d√©part de la jeune femme, tandis que l'homme regarde s'√©loigner le tra√ģneau, le laissant √† ses soucis....L'ensemble de l'ouvrage poss√®de ce c√īt√© √©tincelant, rutilant qui est l'une des signatures de Rachmaninov, et une expressivit√© dont l'intensit√©, parfois excessive, vire au factice....Usant d'un langage qui aura refus√© (jusqu'au bout) les avanc√©es sonores de son temps, le r√©sultat est un peu scl√©ros√©, ce que le Grove Dictionary qualifiait en 1954 (1) de ¬ę¬†musique bien construite, efficace, mais monotone dans sa texture..[...], avant de ¬ę¬†se rattraper en 1980 (2), affirmant que [sa musique] ¬ę¬†n'en est pas moins marqu√©e par une expression sinc√®re et une technique habile.¬†¬Ľ So British¬†!!

Alice BLOT

(1) Grove Dictionnary, 1954, Eric Blom
(2) Id. 1980, Geoffrey Norris

Nomenclature orchestrale :
2 fl√Ľtes, piccolo, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, percussion, harpe et cordes.

Durée approximative : 16 minutes

Première exécution à Monte-Carlo