Erkki-Sven Tüür (né en 1959)

Composition : 2007
Création : le 11 octobre 2007 à Turku en Finlande par Mika Väyrynen et l’Orchestre Philharmonique de Turku placé sous la direction d’Olari Elts
Commande : Orchestre Philharmonique de Turku et Orchestre de Bretagne

Erkki-Sven Tüür a étudié les percussions et la flûte au Conservatoire de Tallinn avant de suivre les leçons de composition de Jaan Rääts à l’Académie de musique, puis de recevoir les conseils de Lepo Sumera. Est-ce son rapport avec les musiques actuelles – il a longtemps été membre d’un groupe de rock de chambre, In Spe, très populaire en Estonie – qui a modelé son rapport au timbre et à la forme ? Toujours est-il que ce serait dans le vocabulaire géologique que l’on trouverait les mots les plus justes pour définir le style musical d’Erkki-Sven Tüür. Si ses deuxième et quatrième symphonies furent inspirées par les images du magma et des fossiles, chacune de ses partitions semble mêler l’énergie puissante des roches en fusion à une immuabilité de matière fossilisée, superposant ces deux caractères plus qu’elle ne les oppose, jusqu’à paraître aussi dure, brute et revêche que le granite formé par le feu primitif. Dès les premières mesures de la Sixième symphonie, le ton est donné par des tenues massives de cordes et de cuivres, superpositions de quintes à la fois pleines et totalement vides, cassantes et terriblement solides. Des harmonies immobiles mais aux couleurs sans cesse changeantes, aux éclats sonores de quartz, de feldspath ou de mica.

Formé à la fois au minimalisme des vieilles traditions runiques et au rock détonnant dans l’Estonie soviétique, le musicien ne s’enferme pas dans les modèles classiques. Son catalogue aime mêler les outils et les genres, fait appel tantôt à un big band et à une guitare électrique (Symphonie n°5), tantôt au plain chant ou à une bande magnétique. Comparant l’incapacité des scientifiques à expliquer l’ordre cosmique antérieur au Big Bang, à l’impossibilité de comprendre comment une œuvre naît dans l’esprit de son auteur, Erkki-Sven Tüür remarque que, les impératifs d’une commande mis à part, il n’est guère que quelques intuitions sonores, embryons harmoniques ou rythmiques notamment, pour lui servir de point de départ. D’où sa volonté de ne pas se soumettre aux vieilles formes, et de remplacer les principes d’exposition et de développement thématiques par des processus compliqués de construction et de transformation, ne laissant l’idée principale se découvrir qu’à l’ultime moment. A propos de son Concerto pour accordéon, Erkki-Sven Tüür compare encore le travail thématique aux processus de fusion et de congélation, de convergence et de dispersion. Le choix de l’instrument soliste rappelle que l’accordéon tient une grande place dans la vie musicale des pays baltes depuis que les marchands et les marins venus de Finlande, de Suède ou d’Allemagne, on importé en Estonie le concertina muni d’un clavier et d’une ou deux rangées de boutons. Dans son concerto, Erkki-Sven Tüür enchaîne quatre mouvements, le premier dessinant une simple forme d’onde, puis le deuxième lançant vraiment le dialogue entre le soliste et l’orchestre. Le titre, explique Erkki-Sven Tüür, « fait référence à la pratique extrêmement longue et riche qui consiste à ʺvoir les chosesʺ à travers l’histoire de cultures et traditions différentes. Nombreux sont ceux qui ont été touchés par des sentiments mitigés de la société. Ils ont été respectés ou dédaignés, dangereux ou traités de fou. Cependant, ils ont eu accès à l’au-delà. »

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, 2 trombones, percussion et cordes.

Durée approximative : 24 minutes

Première exécution à Monte-Carlo