Antonin DVOŘĂK (1841-1904)

« Preludium (Pastorale) : Allegro moderato »
« Polka : Allegro grazioso »
« Sousedská : Allegro giusto »
« Romance : Andante con moto »
« Finále (Furiant) : Presto »

Crée en mai 1879 à Prague sous la direction d’Adolf Cech

C’est à l’occasion de leçons de piano données à la famille Neff que Dvořák découvrit, chez ses élèves, un recueil de Chants populaires moraves de František Sušil. Il en tira un recueil de Duos moraves et connut ainsi un tel succès qu’une nouvelle commande de Simrock suivit aussitôt. L’éditeur l’invita en effet à «écrire un certain nombre, disons par exemple deux recueils, de danses bohémiennes et moraves pour piano à quatre mains – dans le style des danses hongroises de Brahms – et ce en utilisant des mélodies originales vous semblant convenir tout en laissant libre cours à votre imagination. » C’était là la recette du succès, assurant aux ouvrages des records de vente bien au-delà de leur terre natale. Et Dvořák ne déçut pas Simrock en lui répondant avec ses Danses Slaves opus 46.

Dans les années 1870, Dvořák puisait sans compter dans la veine patriotique ; il y découvrait des rythmes de danse, des mélodies saisissantes, un curieux instrumentarium, voire un imaginaire dont, ni lui, ni le public de l’époque ne se lassait. Dans sa suite tchèque, on retrouve alors une polka, en fait d’origine plus tchèque que polonaise, une sousedská typique des villages de Bohème, ainsi qu’un furiant enlevé à souhait. Le parcours tonal est varié mais cohérent, autour des tonalités de ré majeur et mineur, avec deux détours en sol et si bémol majeur. En fait, plus qu’une simple suite de danses, il s’agit d’une succession d’images,  introduite par un petit tableau campagnard. La progression ne repose pas seulement sur les contrastes de tempo ; l’orchestre s’enrichit peu à peu de nouveaux timbres, de flûtes, de cor anglais et, dans le furiant, de trompettes et timbales. Couronnant l’ensemble, la dernière pièce est plus complexe, formant un ultime crescendo et accelerando. Marches harmoniques, modulations soudaines en mineur, silences inattendus participent à la dramaturgie. L’ensemble fait penser à un « divertissement », à l’image de ceux de Mozart, ou à l’image des sérénades de Tchaïkovski. On ne peut d’ailleurs éviter de penser aux sérénades pour cordes (op.22) ou vents (op.44) de Dvořák lui-même. Imitant l’accompagnement en pédale de la cornemuse tchèque, le prélude n’est pas qu’une simple mélodie posée sur un motif obstiné ; ponctuellement transposée ou enrichie d’une harmonisation à la tierce, l’alternance de deux notes est subtilement instrumentée. Les bassons échangent avec les hautbois et les cors, les violoncelles avec les altos, les violons et les contrebasses. Dans la Polka, c’est la superposition des motifs mélodico-rythmiques qui est sans cesse renouvelée. Ajoutons à cela une romance dont le duo de flûte et cor anglais joue le rôle d’une scène d’amour au milieu du bal villageois, et c’est toute la vie pastorale qui est si joliment racontée.

François-Gildas Tual

Nomenclature Orchestrale : 2 flûtes, 2 hautbois, cor anglais, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, timbales, cordes
Durée approximative : 12 minutes environ
Première exécution à Monte-Carlo