LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770-1827)

- Poco sostenuto
- Allegretto
- Presto
- Allegro con brio

Les neuf symphonies de Beethoven participent du phénomène déjà constaté : près de deux cents ans après leur composition, elles suscitent le même enthousiasme universel. « La somme artistique qu’elles constituent n’a rien perdu de son poids ni de sa valeur, même si les modalités de la création contemporaine lui sont diamétralement opposées. » (1)  A l’intérieur d’une forme demeurée classique, découpée en quatre mouvements, Beethoven module les structures en fonction de ses besoins expressifs, « il les a grossies mais jamais bouleversées. » Les développements, considérablement amplifiés, connaissent un enrichissement et une élaboration révolutionnaires. Quant au traditionnel Menuet (troisième mouvement), prenant une autonomie et une portée émotionnelles totalement inédites, Beethoven le transforme en Scherzo. La nomenclature orchestrale conserve le modèle haydnien, mais le compositeur adopte une pensée orchestrale tout à fait neuve, « procédant par blocs sonores, qu’il réalise en fonction des timbres » (2) générant un panel de colorations qui lui sont propres et parfaitement reconnaissables : la Stimmung beethovénienne.

La Symphonie n°7 en la majeur fut achevée en mai 1812 et donnée en première audition publique le 8 (et le 12) décembre 1813 dans la salle des fêtes de l’Université de Vienne, sous la direction de l’auteur. Mais, en raison de la crise économique et de la dépréciation monétaire, la partition (ainsi que celle de la Huitième Symphonie) ne parut qu’en 1816 chez l’éditeur viennois Steiner und Haslinger. « Bien que l’esprit de la Septième Symphonie ait été à tous points de vue en accord avec l’euphorie soulevée par la libération [victoire des Anglais sur l’armée française en Espagne, précédant de peu la chute définitive de Napoléon], l’œuvre ne fut nullement inspirée au compositeur par les évènements de l’année 1813. Certains éléments semblent indiquer que le compositeur avait réalisé les premières esquisses de cette symphonie au cours de l’été 1811, alors qu’il séjournait dans la station thermale de Teplice, en Bohême. […] » (3)

La Septième a suscité un grand nombre de commentaires, tous ayant en commun de mettre en avant le symbole aussi parfait que puissant de la transcendance, avec tous ses sentiments joyeux et libérateurs.

- Poco sostenuto - Vivace
L’importante introduction - la plus longue écrite par Beethoven - porte en elle l’essence du matériau thématique et rythmique du vivace à 6/8. Son écriture est d’une telle perfection que le passage du poco sostenuto au vivace glisse imperceptiblement vers une magistrale éclosion tant contrapuntique que rythmique, le cheminement harmonique assure une coloration idoine du dessin. Ce mouvement est porteur de la cohérence organique caractéristique de cette Symphonie.

- Allegretto
En substituant au traditionnel mouvement lent, un allegretto, Beethoven s’accorde une plage plus intérieure, tout en conservant à l’œuvre son irrépressible pulsation vitale : l’élément rythmique. Nous avons, cependant, basculé dans un tout autre univers. Un long accord, de bois et de cors, plante le décor tandis que surgit dans le plus grand dépouillement, une première idée presque statique murmurée aux cordes graves (sans violons I et II), sur laquelle vient se greffer un contrechant désolé confié aux seuls violoncelles et altos : Beethoven venant à mi-voix interroger le Destin : « Muss es Sein ? Es Muss Sein ».   Pur moment de grâce, ces quelques mesures, qui vont bientôt aller s’amplifiant et se développant (partie centrale en majeur), sont l’un des sommets de la Symphonie et de tout l’œuvre du Maître.

- Presto
Non nommé, ce double Scherzo (répétition complète de l’alternance avec le Trio), est sans doute le plus brillant et le plus coulant en regard des huit autres symphonies. Venant freiner l’envolée des deux thèmes du presto, le thème de l’Assai meno presto (Trio) est exposé par les clarinettes, bassons et cors. Beethoven l’aurait emprunté  au répertoire religieux de Basse-Autriche ? Du choral il possède, en tout cas, la grave majesté. Le mouvement s’achève sur une singulière Coda : après avoir fait entendre le motif du choral, brusque arrêt de l’orchestre, puis, fortissimo et presto, cinq sèches mesures de cadence ! 

- Allegro con brio
Particulièrement foisonnant dans son exposition et surtout son développement, ce mouvement final débute par un double accent rythmique au caractère impérieux, suivi d’un second thème qui s’élance littéralement aux violons I. Un autre thème plus pesant fait son apparition aux vents. Ce matériau, essentiellement rythmique, va fournir au compositeur nombre de variations plus ou moins fournies instrumentalement, mais toutes porteuses d’une irrépressible pulsion de vie. L’Œuvre s’achèvera sur un réjouissant tutti, fortissimo que viendra conclure la cellule rythmique initiale.

C’est principalement un caractère de fête (au sens complet du terme) qui fut ressenti à l’époque dans la Septième Symphonie. Berlioz entendait « une ronde de paysans », là où Bekker la qualifiait de « Démonie dionysiaque », Nohl y voyant une fête chevaleresque !

La pensée métaphysique de Wagner va plus loin : « Son effet sur l’auditeur est précisément cette délivrance de toute culpabilité, tout comme l’effet ultérieur est le sentiment du paradis perdu, avec lequel nous retournons au monde de l’apparence. »  (Leipzig, 1860)

Alice BLOT

(1) Rémi Jacobs, La symphonie, PUF, Paris, 1976
(2) id.
(3) Peter Hauschild, préface à l’édition de la Symphonie n°7 en la majeur, ed. Breitkopf § Härtel (Nr. 5237)

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes – 2 hautbois – 2 clarinettes – 2 bassons – 2 cors – 2 trompettes – timbales - cordes

Durée approximative : 35 minutes

Dernière exécution à Monte-Carlo : 23 septembre 2012  - Auditorium Rainier III – Lionel Bringuier, direction