Calendrier

L’ombre et la lumière
22 Sep2019

L’ombre et la lumière

Concert d'ouverture Grande saison
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Marie-Nicole LEMIEUX, Contralto

DE SABATA, ELGAR, SAINT-SAËNS
Fantasia
13 Oct2019

Fantasia

GRANDE SAISON CINÉ-CONCERT
Saison 19/20
Gottfried RABL, Direction
Projection d’extraits des films Fantasia 1940 & 2000
des Studios Disney
Récital Nikolaï Lugansky
18 Oct2019

Récital Nikolaï Lugansky

GRANDE SAISON - RÉCITAL
Saison 19/20
Nikolaï LUGANSKY, Piano
DEBUSSY, CHOPIN, FRANCK, RACHMANINOV
Héritages
20 Oct2019

Héritages

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Fuad IBRAHIMOV, Direction
Nikolaï LUGANSKY, Piano

BRAHMS, MOUSSORGSKY
Amours prodigieuses
27 Oct2019

Amours prodigieuses

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Matthieu PETITJEAN, Hautbois

WAGNER, STRAUSS, SCHÖNBERG
Miracles
3 Nov2019

Miracles

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
K. FUGE, K. CARGILL, R. MURRAY, M. BROOK,
City of Birmingham Symphony Orchestra Chorus

MENDELSSOHN
Paradis et Enfer
24 Nov2019

Paradis et Enfer

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Andris POGA, Direction
Arabella STEINBACHER, Violon

MOZART, TCHAIKOVSKY
Être… en devenir
1 Déc2019

Être… en devenir

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Frank Peter ZIMMERMANN, violon

BEETHOVEN, BRUCKNER
Récital Ivo Pogorelich
8 Déc2019

Récital Ivo Pogorelich

GRANDE SAISON - RÉCITAL
Saison 19/20
Ivo POGORELICH, Piano
BACH, BEETHOVEN, CHOPIN, RAVEL
From Broadway to Hollywood
29 Déc2019

From Broadway to Hollywood

GRANDE SAISON - GALA DE FIN D’ANNÉE
Saison 19/20
Yvan CASSAR, Direction & piano
Natalie DESSAY, Neïma NAOURI & Hugh COLTMAN

BERNSTEIN, GERSHWIN, SONDHEIM, M. LEGRAND...
Chère Famille
12 Jan2020

Chère Famille

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Eliahu INBAL, Direction
Marie-Nicole LEMIEUX, Contralto

WAGNER, STRAUSS
La vie éternelle
2 Fév2020

La vie éternelle

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Gianluigi GELMETTI, Direction
S. DALLA BENETTA, N. SURGULADZE,
R. ZANELLATO, Chœur de l'Opéra de Parme

VERDI
De Goethe à Baudelaire
1 Mar2020

De Goethe à Baudelaire

GRANDE SAISON - RÉCITAL
Saison 19/20
Marie-Nicole LEMIEUX, Contralto
Daniel BLUMENTHAL, Piano

SCHUMANN, SCHUBERT, BEETHOVEN, HENSEL-MENDELSSOHN ...
Gala des Amis de l’Orchestre
20 Mar2020

Gala des Amis de l’Orchestre

GALA DES AMIS DE L’ORCHESTRE
Saison 19/20
Philippe BÉRAN, Direction
Nicola BELLER CARBONE, Soprano

RANDALL
Sur un ton festif
3 Mai2020

Sur un ton festif

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Bernard LABADIE, Direction
Andreas STAIER, Piano

KRAUS, MOZART, HAYDN
Récital Hélène Grimaud
17 Mai2020

Récital Hélène Grimaud

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Hélène GRIMAUD, Piano
SILVESTROV, DEBUSSY, SATIE, CHOPIN, RACHMANINOV
Origines
31 Mai2020

Origines

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Charles DUTOIT, Direction
Gautier CAPUÇON, Violoncelle

DE SABATA, ELGAR, SAINT-SAËNS
Diable blanc, Ange noir
7 Juin2020

Diable blanc, Ange noir

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Hubert SOUDANT, Direction
Thierry AMADI, Violoncelle

HAYDN, SCHUBERT
Beethoven 2020
12 Juin2020

Beethoven 2020

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Krystian ZIMERMAN, Piano

BEETHOVEN
Beethoven 2020
13 Juin2020

Beethoven 2020

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Krystian ZIMERMAN, piano

BEETHOVEN
Beethoven 2020
14 Juin2020

Beethoven 2020

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Krystian ZIMERMAN, Piano

BEETHOVEN
La Petite Sirène
22 Déc2019

La Petite Sirène

CONCERT FAMILLE
Saison 19/20
V. AUDARD, A. MAUGUE, F. LAVOGEZ,
J-M. JOURDIN, D. FAVRE, S STECKELER,
A. GOUGET, K. BARSUKOVA

GRIEG
Quintette Invictus
25 Sep2019

Quintette Invictus

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
G. ROLLAND, R. LABARTHE, D PAUVERT,
A. CALCAGNO, F. WIELGOSIK

BIZET, FRACKENPOHL, BERNSTEIN, CRESPO...
Quatuor Monoïkos
30 Oct2019

Quatuor Monoïkos

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
N. CURAU, L-D. OTT, C. LOCKIE,
F. AUDIBERT, Y. XIONG, A. CESARI

MOZART, HAYDN
Musique de chambre
27 Nov2019

Musique de chambre

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
P. SZÜTS & K. SZÜTS-LUKACS, Y. XIONG,
D. PERRONE, M-B. BARRIERE-BILOTE

MOZART, MENDELSSOHN
Trio Goldberg
7 Jan2020

Trio Goldberg

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
Trio Goldberg
Stéphanos THOMOPOULOS, piano

LEKEU, TANEYEV
Take Four
11 Fév2020

Take Four

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
R. HOOD-MARINESCU & M. HUANG, violons
R. CHAZAL, alto & A. FOUGEROUX, violoncelle

BEETHOVEN, JANÁČEK
Cacherto-Grosso
9 Avr2020

Cacherto-Grosso

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
A. GUERCHOVITCH, A. URCAN, S TIMOFEEVA
T. AMADI, V. AUDARD, C. ROSSI

ACHRON, POLLACK, DINICU...
Les Vents du Sud
5 Mai2020

Les Vents du Sud

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
R. TRUCHOT BARRAYA, M. BLOCH,
M-B. BARRIERE-BILOTE, A. MENRATH, P. PEIGNIER

RAMEAU, GEBAUER, RAVEL, ESCAICH
Musique de chambre
16 Juin2020

Musique de chambre

HAPPY HOUR MUSICAL
Saison 19/20
S. DUCHESNE CORNATON, G-B. ERMACORA,
F. MEREAUX, T. LEROY, S. STECKELER

DEBUSSY, CHAUSSON, CAPLET
Être… en devenir
1 Déc2019

Être… en devenir

GRANDE SAISON
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Frank Peter ZIMMERMANN, violon

BEETHOVEN, BRUCKNER
Noël en Laponie
21 Déc2019

Noël en Laponie

CONCERT SPIRITUEL
Saison 19/20
Juhani LAMMINMÄKI, Direction
Musiciens de l’OPMC & Chœur Grex Musicus

SIBELIUS, MADETOJA, RAUTAVAARA, PRAETORIUS...
Entrée Libre
Autour de la famille Bach
12 Avr2020

Autour de la famille Bach

CONCERT SPIRITUEL
Saison 19/20
Peter SZÜTS, Direction
Delphine HUEBER, Flûte

BACH
Entrée Libre
Vivement Noël
4 Déc2019

Vivement Noël

JEUNE PUBLIC
Saison 19/20
Philippe BÉRAN, Direction
Elsa GELLY, Narratrice

DE SABATA, ELGAR, SAINT-SAËNS
L’Île Indigo
8 Avr2020

L’Île Indigo

JEUNE PUBLIC
Saison 19/20
Philippe BÉRAN, Direction
Joan MOMPART, Narrateur

LE HERISSIER
Vannes, Salle Lesage
26 Juin2019

Vannes, Salle Lesage

TOURNÉES
Saison 18/19
Jean-Christophe SPINOSI, Direction
TCHAIKOVSKY, BRAHMS, STRAUSS
Réservation en ligne indisponible
Brest, Le Quartz
27 Juin2019

Brest, Le Quartz

TOURNÉES
Saison 18/19
Kazuki YAMADA, Direction
Alexandra SOUMM, Violon

BRUCH, MENDELSSOHN
Brest, Le Quartz
28 Juin2019

Brest, Le Quartz

TOURNÉES
Saison 18/19
Jean-Christophe SPINOSI, Direction
TCHAIKOVSKY, BRAHMS, STRAUSS
Nuit espagnole
6 Juil2019

Nuit espagnole

TOURNÉES
Saison 18/19
Óliver DIAZ, A-M. MARTINEZ, J. de LEON,
P. DOMINGO, Les ballets d'Antonio Gades

Guillaume Tell / Rossini
12 Juil2019

Guillaume Tell / Rossini

TOURNÉES
Saison 18/19
Chœurs des Opéras de Monte-Carlo et Toulouse
Gianluca Capuano, Direction Musicale
Jean-Louis Grinda, Mise en Scène

Fest. Inter. de Piano de La Roque d’Anthéron
30 Juil2019

Fest. Inter. de Piano de La Roque d’Anthéron

TOURNÉES
Saison 18/19
Kazuki YAMADA, Direction
Nelson FREIRE, Piano

BEETHOVEN
Festival George Enescu, Roumanie
11 Sep2019

Festival George Enescu, Roumanie

TOURNÉE
Saison 19/20
Maxim VENGEROV, Direction & Violon
Gautier CAPUÇON, Violoncelle

ENESCU, TCHAIKOVSKY
Vente en ligne indisponible
Festival George Enescu, Roumanie
12 Sep2019

Festival George Enescu, Roumanie

TOURNÉE
Saison 19/20
Gareth JONES, Direction
Sir Bryn TERFEL, Baryton-basse

WAGNER, BOITO, WEILL, RODGERS & HAMMERSTEIN,...
Vente en ligne indisponible
Printemps des Arts
13 Mar2020

Printemps des Arts

DANS LE CADRE DU FESTIVAL PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Véronique GENS, Soprano

CHAUSSON
Printemps des Arts
5 Avr2020

Printemps des Arts

DANS LE CADRE DU FESTIVAL PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO
Saison 19/20
Susanna MÄLKKI, Direction
Vincent LHERMET, Accordéon

MESSIAEN, PESSON, MAGNARD
Laurel et Hardy en folie !
9 Fév2020

Laurel et Hardy en folie !

CINÉ-CONCERT FAMILLE
Saison 19/20
Paul LAY, Piano
Concert au Palais Princier
18 Juil2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Alain ALTINOGLU, Direction
Nora GUBISCH, Mezzo-soprano

RAVEL, DEBUSSY
Concert au Palais Princier
21 Juil2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Tomáš NETOPIL, Direction
Josef SPÁCEK, Violon

DVOŘÁK, MOZART
Concert au Palais Princier
25 Juil2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Alexander VEDERNIKOV, Direction
Nikolai LUGANSKY, Piano

BORODINE, RACHMANINOV
Concert au Palais Princier
28 Juil2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Kazuki YAMADA, Direction
Nelson FREIRE, Piano

BEETHOVEN
Concert au Palais Princier
4 Août2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Gianluigi GELMETTI, Direction
Gerhard OPPITZ, Piano

ROSSINI, MOZART, DVOŘÁK
Concert au Palais Princier
8 Août2019

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 18/19
Lawrence FOSTER, Direction
Szymon NEHRING, Piano

PENDERECKI, CHOPIN, DVOŘÁK, TCHAIKOVSKY
Concert au Palais Princier
16 Juil2020

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 19/20
Simone YOUNG, Direction
LISZT, MAHLER
En vente à partir de février 2020
Concert au Palais Princier
19 Juil2020

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 19/20
Otto TAUSK, Direction
Khatia BUNIATISHVILI, Piano

ROKOFIEV, DVOŘÁK
En vente à partir de février 2020
Concert au Palais Princier
26 Juil2020

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 19/20
Andrey BOREYKO, Direction
Stephen HOUGH, Piano

CHOPIN, LISZT, SCHUMANN
En vente à partir de février 2020
Concert au Palais Princier
2 Août2020

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 19/20
Juraj VALČUHA, Direction
Maxim VENGEROV, Violon

MOZART, PROKOFIEV
En vente à partir de février 2020
Concert au Palais Princier
6 Août2020

Concert au Palais Princier

CONCERTS AU PALAIS PRINCIER
Saison 19/20
Kazuki YAMADA, Direction
Simon TRPČESKI, Piano

RACHMANINOV, DE FALLA
En vente à partir de février 2020
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Messe glagolitique

Leos JANACEK (1854-1928)

Janacek demeure un musicien inclassable, et de fait, fut trop longtemps un musicien déclassé…. Il faut reconnaître que la Tchécoslovaquie, à laquelle il offrit son art le plus authentique ne brillât pas par sa reconnaissance, et dès les années trente, la musicologie officielle, incarnée par le professeur Nejedly (ministre de la culture jusqu’en 1948), jetait sur lui son dédain le plus total, comme le dit Milan Kundera « il ne gardait dans sa sénilité belliqueuse, que deux grandes passions : vénération de Smatana, exécration de Janacek. » (1) Son soutien le plus efficace fut celui de Max Brod (qui, en 1924 publie sa première monographie), un Allemand…Quelle est donc cette spécificité si originale, ; si acérée… ? Le nationalisme exacerbé de Janacek est une réaction exacerbée mais légitime face à la domination culturelle que les Habsbourg firent peser sur son peuple pendant près de deux cent cinquante ans…Après, le « Printemps des Révolutions » se multiplient, en Europe, les prises de conscience nationales, et, en artiste engagé (on l’appelle le « compositeur-citoyen ») Janacek va transformer sa vie en un combat visant à restaurer la culture slave des tchèques (son panslavisme favorisant nettement la russophilie). Présent sur les scènes politique, sociale autant qu’artistique, à un degré quasi inédit, l’accomplissement de sa mission ne pouvait qu’être exacerbé, être en concentré à l’image de ces petites nations formant une « autre Europe » dont l’expansion culturelle était en contrepoint à celle des grandes.

 

Janacek naquit à Hukvaldy, petit village du nord de la Moravie (confins de la Silésie, de la Pologne et de la Slovéquie), dans le pays Lach, auquel il restera attaché. Issu d’une famille modeste d’instituteurs (plus exactement de Kantors), neuvième enfant d’une fratrie qui en comptera quatorze, il est placé au monastère des augustins de Brno, où il reçoit une solide éducation, le gîte et le couvert, en échange de son chant au sein de la maîtrise. Son maître, Pavel Kriskovsky, compositeur et chef de choeur aura un rôle majeur dans son orientation, et une influence directe sur son esthétique à venir. Parallèlement à une solide formation d’organiste, il se dirige par tradition vers l’école normale d’instituteurs, comme élève, puis comme professeur. En 1881, il fonde à Brno une école d’orgue, qui devînt en 1919, le Conservatoire de la ville. Il n’y a, chez Janacek, aucun clivage entre l’homme et l’artiste. Sensible à l’injustice sociale, doté d’un sens aigu du droit civique et de la démocratie, il participe à l’effervescence patriotique qui aboutira en 1918 à l’émancipation tchèque. Son nationalisme progressif à fort penchant slaviste lui vaudra l’hostilité des partisans de Smetana…En dépit de son éducation religieuse, Janacek est agnostique, et sa passion de la nature, en fait un adepte absolu du panthéisme à la Rousseau…Vers 1890, il débute. une activité d’ethnographe sous l’influence conjuguée de Kriskovsky et de Dvorak. Se rapprochant de Frantisek Bartos, directeur du lycée de Brno, qui recueillait des chants populaires, ils vont parcourir la Moravie, écoutant, notant,…Janacek, lui, s’intéresse particulièrement à l’analyse des rythmes, des tonalités, et, se plongeant dans les travaux du psychophysicien allemand Helmloltz (2), il étudiera le langage parlé, ses fluctuations, ses métamorphoses en fonction des circonstances et des états psychologiques du locuteur…Il cherche à capter ce que la musique des mots ou les intonations du langage indiquent, bien au-delà de la verbalisation consciente….Sa stature d’humaniste aux savoirs particulièrement diversifiés lui permet de saisir les inflexions à peine perceptibles de la parole, de noter ces « mélodies du parler » dans lesquelles priment les vibrations affectives. Son ardeur énergique autorise Milan Kundera à parler de « fureur psychologique ». Le deuxième apport majeur de Helmoltz concerne le domaine acoustique, où mettant à jour une théorie des consonances basée sur l’existence des harmoniques et leur rôle dans la détermination des timbres, il va permettre à Janacek de libérer les accords de leur enchaînement systématique, la « technique libérée » (vers 1904). Parallèlement, domine aussi la certitude que l’on n’ enferme pas le discours musical dans dans les carcans figés de la mesure, mais qu’elle [la mesure] doit se plier à la rythmique imposée par la musique des mots…Il en résulte un langage qui, dans un souci constant d’authenticité, se modèle sur la pulsation du vivant, où le motif bref, nerveux (en adéquation avec la structure même du langage morave) se renouvelle constamment…Autant de recherches et d’apports qui, pour avoir magnifié son écriture, feront passer son activité de compositeur loin derrière celle de pédagogue et d’ethnologue…Le tournant, sa reconnaissance en tant que compositeur, se produit avec Jenufa., opéra composé entre 1894 et 1903. Bien que sa représentation en 1904 se soit heurtée à l’incompréhension d’un public qui jugeait « obscur » ce compositeur morave, l’ouvrage finit par triompher à Prague, en 1916. S’ouvre alors, de 1918 à 1928, la période la plus faste et la plus heureuse de Janacek, son apogée. Avec le succès de Jenufa, l’avènement de l’indépendance nationale et sa rencontre avec la jeune Kamila, ces dix années (qui seront les dernières de sa vie) vont permettre l’éclosion de son génie musical arrivé à maturité, sa personnalisation pleine et entière. Avec la passion de la vérité, le culte de la jeunesse fut l’autre constante de la vie de Janacek qui succombe à une banale pneumonie, en pleine jeunesse, à l’âge de soixante quatorze ans…

 

« Ecrivez latin, mais pensez tchèque ! »

 

Il existe une « Messe inachevée », en mi bémol majeur, que Janacek écrivit entre 1907 et 1908 ; inachevée car nous ne connaissons que le Kyrie, l’Agnus Dei et une partie du Credo (que Petrzelka, élève de Janacek, fit exécuter avec orgue en 1943, et dans une version orchestrale avec Kubelik, en 1946. Cette « Messe » sur un texte latin a de quoi étonner à une époque où Janacek avait pratiquement abandonné la composition de musique religieuse et se trouvait en pleine effervescence patriotique et sociale…il est probable que cette œuvre fut composée à des fins pédagogiques, (peut-être même, en collaboration avec ses élèves?), tant ses préoccupations du moment étaient d’ordre phonétique et psychologique (il se délectait alors de « La Psychologie des Peuples » de Wihelm Wundt (3))

 

La Messe glagolitique

 

« Pensez tchèque et…écrivez tchéque… » (3)

 

Le père Josef Martinek, vieil élève de Janacek, raconte que dans les années 1921-1922, le compositeur parlait de musique avec l’évêque d’Olomouc qui en vînt à critiquer la qualité de la musique d’église, le mettant au défi de composer lui-même une belle œuvre…Janacek fit comprendre au prélat que s’il composait une messe , elle ne serait pas en latin, mais sur un texte slavon ancien…. ; texte, à l’authenticité avérée, que lui fournit un élève. Par cet acte foncièrement militant, Janacek plongeait dans la réalité panslave, s’opposant à la germanisation de son pays et à la romanisation de l’Eglise…Au cours de l’été 1926, le compositeur est à Luhacovice ; été pluvieux qui favorise le travail, puisque Janacek compose sa messe en trois semaines (fin août à mi septembre). Esthétiquement proche de la Sinfonietta écrite en juin, cette Messe exalte la seule religion panthéiste, et ne fut d’ailleurs jamais pensée pour être exécutée dans une église (pour laquelle, avec l’âge, Janacek avait une horreur quasi pathologique). Dans une lettre, il confie à Kamila que « le doux parfum des forêts devient encens, l’église s’agrandit aux dimensions colossales de la forêt et des espaces infinis de la voûte céleste. » En 1928, il déclarait avoir voulu décrire « le portrait de la fidélité de la Nation sur une base non pas religieuse, mais morale, qui en appellerait au témoignage de Dieu. » Milan Kundera déclare avec raison et clairvoyance que cette Messe « ne ressemble à aucune autre, c’est plutôt une orgie qu’une messe, et c’est fascinant. […] l’économie sonore de Janacek a choqué tout le monde à son époque [en regard de la sonorité hypertrophiée des Romantiques] ; son modernisme a un autre caractère, une autre genèse, d’autres racines. » (4)

 

Le terme « glagolitique » désigne l’alphabet imaginé par les saints Cyrille et Méthode, premiers évangélisateurs du royaume de Grande-Moravie au IX e siècle pour fixer par écrit la langue vieille slavonne et qui fut, un temps, la langue liturgique des Slaves catholiques (qui ne fut remplacée par le latin que vers le XII e siècle, deux siècles après la chute du royaume Grand-Morave). Aujourd’hui encore, la vieille liturgie slavonne est autorisée par Rome le jour des saints Cyrille et Méthode, des festivités qui avaient marqué le jeune Janacek lorsqu’il était enfant maîtrisien au couvent des augustins de Brno…La Messe glagolitique, dont le texte, à quelques détails insignifiants près, est celui de l’ordinaire de la messe catholique, était destinée aux cérémonies célébrant, en 1928, le dixième anniversaire de la Tchécoslovaquie indépendante…Elle se présente en huit parties qui réunissent un quatuor vocal, un choeur, un orchestre (considérable), des cloches et un orgue, Animée d’une joie presque barbare, en tout cas dionysiaque, son unité est assurée par de subtils liens de tempérament cyclique.

 

L’Introït (Uvod) est centré sur un éloquent thème de trompette qui fournit l’intégralité du matériau motivique à la pièce. Ce thème si caractéristique repose sur un saut d’octave (passant par le cinquième degré) et une sonorité de seconde augmentée des plus expressionnistes. Passant d’un pupitre à l’autre en un dense jeu de question/réponse, il laisse finalement percer une idée quasi gémellaire, mais de facture beaucoup plus intimiste, véhiculée par un solo de bois. Le retour littéral du thème va nous précipiter vers une fin qui pour être provocante n’est que provisoire…
Kyrie (Gospodi pomiluj) : dès ce deuxième numéro se confirme le caractère cyclique de la messe. Un sombre motif porté par les cordes graves, qui semble engendré par le motif de trompette, constitue l’ossature principale du Kyrie où, après les basses, il passe au hautbois solo, puis à un choeur très apaisé que suit un intermède orchestral durant lequel la tension augmente (intervention de cuivres et de cordes affolées…). Là, sur une figure de cordes aussi concise qu’entêtante, s’élève la soprano solo à l;a ferveur croissante que rejoint bientôt le choeur…les deux protagonistes vont rivaliser d’intensité expressive. Soudain, les voix sont balayées par une fièvre instrumentale ; dernière entrée du choeur sur l’énoncé du thème, sorte de choral d’adieux plein de regrets…Fin, une fois encore, tout à fait suspensive.

 

Gloria (Slava) : sur des accords carillonnants (bois et cordes aigus), la soprano solo entame une mélodie des plus enthousiastes (rayonnantes). Progressivement l’ensemble s’anime : le choeur entre sur un crescendo très perceptible où trame orchestrale et tension s’intensifient ; les cordes vont se précipiter pour culminer en une période éclatante que dominent les cuivres et les timbales, le discours de la soprano se tend, devient vindicatif sur un commentaire appuyé des cordes et des bois, bientôt renfloué par des voix au discours haletant qui va se disloquer en une fanfare triomphale (timbales et orgue). Se greffe alors la réponse fervente du ténor. Enfin tous réunis, les protagonistes rivalisent de puissance jusqu’à l’ultime explosion de joie : Amen conclusif, aussi énergique que prometteur…

 

Credo (Veruju) : c’est le mouvement le plus complexe et le plus développé. Débutant sur un motif qui avance à grandes enjambées aux cordes graves, il se poursuit avec l’entrée du choeur, martelant à l’unisson, Veruju , (« Je crois »). Après une scansion croissante, le rythme perd de sa vigueur au profit du ténor solo qu’accompagne une trompette avec sourdine….celui ci prolonge son chant, sorte de prière sur cordes implorantes (motif en guirlandes grimpant par demis tons) ; retour du choeur sur un pesant Veruju que commentent les cordes et les clarinettes, bientôt ponctuées par trois accords de cuivres. S’ouvre alors la partie centrale, long interlude instrumental en trois volets précédant le « Crucifixus ». Se succèdent : la Méditation de Jésus dans le désert (récitatif de flûte, puis de violoncelle), son entrée triomphale dans Jérusalem le dimanche des Rameaux (fanfares de cuivres), enfin les maltraitances subies avant la mise en croix (tempétueux solo d’orgue)…que vient abréger le retour du choeur avant d’être écrasé par des cuivres tonitruants. Choeur et orchestre entament à nouveau une escalade expressive d’où jaillit une victorieuse fanfare…Accalmie soudaine (et de très courte durée) avec le retour du motif initial qui évolue rapidement vers son apothéose, véritable dithyrambe du ténor, puis du baryton, que vient magnifier le choeur sur Pares, puis une fanfare de cuivres. Un dernier Amen marque une fin sans équivoque.

 

Le Sanctus (svet) s’ouvre sur un motif tout aussi charmant qu’inattendu…Ondulant paisiblement aux cordes et aux bois aigus, le violon solo déroule ensuite une mélodie qui pour être sereine n’en laisse pas moins percer quelques grimaces qui vont se concrétiser par la complexification soudaine d’un climat jusqu’alors séraphique… Entrées successives, et comme en imitation, des voix solistes qui vont alterner avec un choeur, bientôt maître du jeu et dont l’allure va s’accélérer jusqu’à éclater en un vigoureux thème des cuivres, sorte d’ostinato qui va, en faible discontinu, harceler le reste du Sanctus. L’ensemble tend à un relatif apaisement, cédant la place à un solide jeu de question/réponse railleur entre solistes vocaux. Le choeur réapparaît tandis que la trame orchestrale recouvre ses forces vives. Ultime entrée du ténor qui, dans un registre vocalement tendu, semble pris d’une volonté irrépressible de précipiter cette prière vers son incandescente conclusion…

 

L’Agnus Dei (Agnece Bozij), très proche d’une forme ABA, commence de manière incertaine avec une idée thématique assez sombre, voire menaçante, circulant des cordes aux bois. De très faible ambitus, ce motif, sorte d’ostinato, reflète un intimisme, un repli sur soi, en opposition totale avec les thèmes précédents. Le choeur va pesamment asséner, par trois fois, les mots essentiels, Agnece Bozij, avec une ferveur progressive. Un volet central (B) confié au quatuor va permettre à chaque partie de déclamer tour à tour le même argument implorant, tandis qu’en fond, les bois de l’orchestre dans le suraigu de leur registre crissent…Retour de A, tandis que le motif d’ostinato qui semble, décidément, perpétuel va s’étiolant…

 

Le Postludium est une vaste fantaisie pour orgue seul, hautement virtuose. Directement inspirée des idées thématiques de l’Agnus, elle s’en saisit avec fougue, alternant accords puissants et fiévreux passages travaillés, exploitant toutes les possibilités sonores de l’instrument (les différents claviers) jusqu’à sa conclusion tonitruante.

 

L’Intrada orchestrale qui conclue la partition (un rien contradictoire!!) explose d’emblée en une débandade de cordes alternant avec des timbales et des cuivres éclatants ; magistrale fanfare qui se précipite avec détermination vers la fin de mouvement (et par là même, de la Messe ) ,vers son apothéose : certitude d’un avenir de paix et de dignité humaine qui vient « de prendre Dieu à témoin. »

 

La première audition de la Messe glagolitique eut lieu à Brno, le 27 décembre 1927 :  « Même après Richard Strauss et Schrecker, même après Schoenberg et Alban Berg, si l’on y tient, Janacek a reculé les limites du pouvoir expressif de la musique. Mais, mieux que tous jusqu’ici, il est resté sainement musical, inspiré, spontané, abondant, débordant…[…]. »..(5)

 

Alice BLOT

 

(1) Milan Kundera, Les Testaments trahis, Paris, Gallimard, 1993
(1) Hermann Ludwig Ferdinand von Helmoltz (1821-1894), physiologiste et physicien allemand
(2) Janacek avait écrit une messe inachevée en mi bémol (1907-1908), sans doute à fins pédagogiques, disant à ses élèves, « Ecrivez latin, mais pensez tchèque. »
(3) Milan Kundera, Id
(4) )William Ritter, critique presse

 

Nomenclature orchestrale :
4 flûtes (les 2ème, 3ème et 4ème flûtes jouant aussi le piccolo), 2 hautbois, cor anglais, 3 clarinettes (la 3ème jouant aussi la clarinette basse), 3 bassons (le 3ème jouant aussi le contrebasson), 4 cors, 4 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, percussion, 2 harpes, célesta, orgue et cordes.

Durée approximative : 40 minutes

Première exécution à Monte-Carlo