Antonin Dvořák (1841-1904)

Composition : 1891
Création, le 28 avril 1892 à Prague

1884 : de retour d’Angleterre où son Stabat Mater lui a valu un véritable plébiscite et un tout nouveau confort financier, Dvořák achète à son beau-frère un petit coin de paradis. Un modeste grenier à blé posé sur la propriété du comte Václav Kaunitz à Vysoká u Příbrami. Au fil des années, le compositeur y goûte les joies simples de la nature, s’inspire du cadre pittoresque qui se découvre à sa fenêtre, profite de longues promenades dans les forêts et les collines avoisinantes de Brdy. « Je suis très heureux ici », écrit-il à ses amis, avant de retrouver son jardin, son verger ou son élevage de pigeon. Sa nouvelle villégiature est un havre de paix propice à la composition, où il concevra parmi d’autres œuvres de première importance, sa trilogie symphonique consacrée à la nature, à la vie et à l’amour.

1890 : invité par Tchaïkovski, Dvořák se rend à Moscou et à Saint-Pétersbourg, puis regagne Londres pour présenter sa Huitième symphonie. Par neuf fois, il foulera ainsi le sol britannique. A l’approche de la cinquantaine, il ne cache pas la satisfaction que lui offrent ces marques de reconnaissance, parvenu à une sorte d’entre-deux dans sa carrière comme dans son existence. Destinées aux festivals de Birmingham et de Leeds, deux grandes cantates (Les chemises de noces et Sainte Ludmila) n’ont pas répondu à toutes ses attentes, mais il envisage désormais la création d’un ouvrage qui doit lui valoir un succès digne du Stabat Mater. Après un premier essai avec une messe en majeur, il s’engage dans l’écriture du Requiem, qui aurait été plus rapidement terminé si sa composition n’avait été freinée par les voyages en Russie et en Angleterre. Naturellement, ce retour au religieux traduit aussi des préoccupations plus personnelles, tant il est vrai qu’il est presque toujours un contenu autobiographique latent dans sa musique. Un an plus tard, Dvořák retrouve sa résidence de campagne. Il y entreprend la composition de « Nature, Vie et Amour », réunissant autour d’un même thème mélodique trois ouvertures de concert : Dans le royaume de la nature, Ouverture de Carnaval et Othello. Bien qu’il ait montré son attachement à la musique à programme dans plusieurs poèmes symphoniques, Dvořák ne s’inscrit pas vraiment dans la lignée lisztienne. Comme sa musique de chambre, ses concertos ou ses symphonies, ses pièces plus narratives ne rompent jamais totalement avec les formes classiques. S’il a signé treize ouvertures, la plupart d’entre elles ont été pensées soit pour un opéra, soit pour une pièce de théâtre, dans le cadre alors fréquent de la musique de scène. Ainsi Mon Pays natal, écrite pour le Théâtre Provisoire de Prague, et l’Ouverture hussite commandée par le dramaturge Šubert. Au contraire, les trois ouvertures de la trilogie ont été conçues pour le concert. Initialement, le premier volet devait s’intituler Solitude et nuit d’été ; après un début en forme d’éveil, c’est une page délicieusement rythmée et enjouée, ne faisant de l’homme qu’un simple témoin de cette nature qui l’accueille. Le thème principal serait un autoportrait du compositeur, mais nulle précision n’est apportée pour qu’on suive note à note ce qui se passe ou ce qui y est décrit, ainsi qu’on pourrait le faire, grâce aux nombreux indices sur le manuscrit, avec la partition d’Othello. Ce qui ne n’interdit pas d’entendre ici où là quelques chants d’oiseaux, hommage discret à Beethoven et à sa Symphonie « pastorale » à l’origine de toute la musique romantique à programme.

François-Gildas TUAL

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes, 2 hautbois,  cor anglais, 2 clarinettes,  clarinette basse, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, percussion et cordes

Durée approximative : 12 minutes