Anton Dvořák (1841-1904)

- Allegro con brio
- Adagio
- Allegretto grazioso
- Allegro ma non troppo

Si Smetana est considéré comme le père fondateur de la renaissance tchèque du XIXe siècle, Dvorák, par l'abondance et la diversité de son œuvre, se présente comme un acteur tout aussi important. Ses dons de mélodiste et d'orchestrateur sont à l'origine d'un style parfaitement identifiable, uni par un souci d'authenticité et d'universalité. A l'heure où la Bohême tend à s'émanciper de la domination des Habsbourg, les conquêtes "nationales" se multiplient. Dans ce combat, la musique tient lieu d'"arme", autant que de drapeau. Dvorák ne recherche pas le succès personnel mais la reconnaissance d'un art national. En cela, il est, plus que Tchaïkovsky ou Grieg, l'"exemple" dont les musiciens avaient besoin pour se soustraire aux influences allemande et italienne. 

Bien que se réclamant de l'influence de Brahms, son guide et ami, Dvorák caractérise d'une manière très personnelle la couleur harmonique particulière et le lyrisme thèques. Puisant aux sources populaires "travaillées" dans une écriture traditionaliste et classique, Dvorák ne cherche pas à innover, mais à imposer au monde la musique de son pays. Sa philosophie panthéiste en fait un homme de la terre, de "sa" terre.

Créée le 2 février 1890, à Prague, sous la direction de l'auteur, la Huitième Symphonie se distingue par sa tonalité de sol majeur (rare chez les romantiques), l'importance du sentiment national et l'alternance majeur-mineur, porteuse d'une grande expressivité.

Allegro con brio
Le mouvement s'ouvre sur une cantilène, en sol mineur, dans le registre médium des cordes. A cette grave introduction répond un premier thème, exposé à la flûte, en sol majeur, léger, et d'allure pastorale. Quelques sonneries de cuivres précède le second thème (aux cordes graves), pesant et robuste. Malgré quelques épisodes de tension, le caractère général de cet Allegro respire une joie, qui devient véritablement exubérante en fin de mouvement.

Adagio
Quatre croches conjointes, en accords de cordes, propulsées par un contretemps forment la première idée de ce mouvement (choral). Dans un esprit tout aussi romantique et serein, la flûte entame un dialogue avec les cordes et les bois graves, bientôt suivi par un motif de danse nonchalante, d'une douceur enjouée. Cette période de quiétude s'achève, lorsqu'un appel de cuivres précipite le mouvement dans le tragique. Ponctuations de timbales : cordes et cors reprennent le choral liminaire sous forme d'une plainte douloureuse. La lumière revient, et c'est le motif dansant qui dominera jusqu'à la coda finale.

Allegretto grazioso
C'est une valse "triste" (A), à un temps qui ouvre le bal de ce scherzo de forme tripartite (ABA). Dans le second volet (B), en majeur, le hautbois chante une mélodie populaire, nourrie de sève folklorique. Retour de A : le chant du hautbois, amplifié par le tutti, s'anime d'une remarquable énergie dansante.

Allegro ma non troppo
Un signal de trompette lance le mouvement. Atmosphère moyenâgeuse, renforcée par les roulements de timbales : que va-t-on annoncer ? Rien de dramatique, sinon un chant profond et chaud aux violoncelles, qui va bientôt connaître une succession de variations aux caractères contrastées. La première, solennelle, s'emballe brusquement en une fanfare grimaçante qui ne s'apaisera que pour laisser, brièvement, le thème à la flûte solo. Retour de la "fanfare" qui bascule dans une sorte de "délire" sonore. Changement d'intonation : l'on croit assister à des funérailles siciliennes. Suit un court motif à la flûte solo, répété trois fois à l'identique, mais un demi-ton plus bas. Retour ff de la bacchanale. La seconde variation, d'esprit rhapsodique, ramène un climat élégiaque avec mise en valeur des timbres isolés. Le mouvement et l'œuvre toute entière se terminent en un véritable jaillissement orchestral. Cette page finale, des plus inventives et éblouissantes de Dvorák, confirme un bien-être sans faille.

Alice Blot

Nomenclature orchestrale :
2 flûtes, 1 piccolo, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, 1 tuba, timbales et cordes.

Durée approximative : 34 minutes