Edward Grieg (1843-1907)

Un soir dans les montagnes, extrait de Deux pièces lyriques, op.68 n°1
Composition pour piano sous le numéro d’opus 68 n°4 : 1898-1899
Orchestration : 1899
Création de la version pour orchestre : le 18 novembre 1899 à Copenhague

Nomenclature orchestrale : hautbois, cor et cordes.

Durée approximative : 5 minutes

Première exécution à Monte-Carlo

 

Nocturne, extrait de la Suite lyrique, opus 54 n°3
Composition pour piano sous le numéro d’opus 54 n°4 : 1891
Orchestration : 1905

Nomenclature orchestrale : 2 flûtes, piccolo, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, timbales, percussion, harpe et cordes.

Durée approximative : 4 minutes

Première exécution à Monte-Carlo

 

Danses norvégiennes,opus 35
Composition pour piano à quatre mains : 1880-1881
Orchestration par Hans Sitt : 1888

  1. Allegro marcato. Animato
  2. Allegretto tranquillo e grazioso
  3. Allegro moderato alla Marcia
  4. Allegro molto

Nomenclature orchestrale : 2 flûtes,  piccolo, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones,  tuba, timbales, percussion, harpe et cordes.

Durée approximative : 17 minutes

 

Si tout orchestre digne de ce nom possède Peer Gynt, les Danses symphoniques ou le Concerto pour piano de Grieg à son répertoire, c’est là l’essentiel du corpus symphonique que nous a légué le musicien. Et si l’on peut ajouter à cette liste une ouverture de concert (En Automne), deux Mélodies nordiques ainsi que quelques pièces extraites de Sigurd Jorsalfar, force est de constater que les grandes formations sont rares dans l’univers du Norvégien. Demeurent alors quelques pages supplémentaires, telles les Mélodies élégiaques ou les variations sur une Vieille mélodie norvégienne, mieux connues dans leur première forme vocale ou pianistique. En 1863, Niels Gade a incité son ami à se confronter à l’orchestre : « Rentre chez toi et écris une symphonie », lui aurait dit le Danois. Un an plus tard, l’œuvre est achevée puis présentée à plusieurs reprises au public. Mais en 1967, Grieg interdit qu’on reprenne l’ouvrage, peut-être intimidé par la réussite, dans le même domaine, de son confrère Svendsen. Et c’est ainsi que deux mouvements seulement de la symphonie censurée ont poursuivi leur chemin sous le titre de Deux pièces symphoniques, dans une version pianistique publiée en 1869 sous le numéro d’opus 14.

Peer Gynt révèle indéniablement l’efficacité orchestrale de Grieg. Et à plusieurs reprises, le compositeur n’hésite pas à transcrire ses propres compositions pianistiques. Mais dans ce domaine encore, les choses sont parfois complexes. Ce n’est pas à Grieg que nous devons l’orchestration des Danses norvégiennes, et cela bien qu’il ait projeté de la réaliser lui-même, mais à l’altiste allemand Hans Sitt. Peu convaincu par cette version, Grieg aurait voulu que Lalo reprenne l’ouvrage, mais Peters a néanmoins publié le travail de Sitt, bientôt introduit dans une représentation de Peer Gynt à Copenhague. Dans le cas de la Suite lyrique, c’est Anton Seidl, chef de l’Orchestre philharmonique de New York, qui s’est adonné à la transcription des pièces lyriques sous le titre de Suite Norvégienne. Trouvant celle-ci trop wagnérienne, Grieg reprend la partition, modifie la sélection en orchestrant de toutes pièces un numéro négligé par son prédécesseur. Bien sûr, Grieg n’a pas toujours attendu qu’on le devance pour offrir un nouvel écrin instrumental à ses Pièces lyriques. Et il est vrai que les orchestres ne pouvaient guère se priver de ces pages si personnelles où les mélodies populaires se mêlent aux chants nationaux, les bergers et les paysans aux trolls et aux fées, le tout dans des décors de nuit ou de printemps. C’est ainsi que le premier numéro de l’opus 68 révèle ses somptueux paysages montagneux du nord. De simples pizzicatos de cordes et une tenue de cors introduisent une longue mélodie de hautbois. Choix singulier que celui des deux instruments associés aux cordes, mais ne nous croirions-nous pas sur quelque sommet, écoutant les sonneries des bergers, ou dans une toile de theodor Severin Kittelsen : Là-haut sur les collines retentit un lur (1900) ? Quant aux Danses norvégiennes, on y apprécie les thèmes patiemment collectés au XIXe siècle par Ludwig MathiasLindeman. Dans la première, voici la célèbre Marche de Sinclair, « Sinklar de Vaagaa », en l’honneur de Lord George Sinclair, héros écossais de la bataille de Kringen ;  les autres font plutôt appel à des rythmes de Halling, une danse rustique à deux temps, la deuxième entretenant encore le ton populaire par son alternance du majeur et du mineur. Des danses d’un entrain irrésistible au piano, mais qui sonnent peut-être encore plus norvégiennes à l’orchestre.

François-Gildas TUAL