Friedrich Cerha (né en 1926)

Composition : 2007-2008

Création : le 04 octobre 2009 dans le cadre du Grosses Festspielhaus de Salzbourg, par Martin Grubinger et l’Orchestre du Mozarteum placé sous la direction d’Ivor Bolton

De Friedrich Cerha, le grand public a tout d’abord découvert l’impressionnant travail d’achèvement de Lulu d’Alban Berg, créé en 1979 à l’Opéra de Paris par Pierre Boulez et le metteur en scène Patrice Chéreau. Mais le compositeur et chef autrichien a surtout marqué la vie musicale viennoise en fondant, dès 1958 avec Kurt Schwertsik, l’ensemble instrumental Die Reihe, consacré à la diffusion des musique nouvelles et des œuvres de l’Ecole de Vienne, et en 1960, la Camerata Frescobaldiana spécialisée dans l’interprétation de la musique italienne du XVIIe siècle. Presque quarante ans plus tard, en 2006 exactement, Friedrich Cerha s’associe à la Société Joseph Marx, plus orientée vers une esthétique tonale. Le concerto pour percussion témoigne de cette traversée esthétique ; le seul principe du concerto virtuose témoigne d’une volonté d’ouverture, et d’une recherche de plaisir dans le jeu instrumental, rompant avec les préoccupations et ordres hérités de l’Après-guerre. Ses propres œuvres témoignent de cette diversité d’approche, explorant le théâtre musical autant que le post-sérialisme, l’intégration du bruit ou le rapport à la tradition. Pour le Concerto pour percussions et orchestre, tout a commencé lors d’un concert auquel assistait le percussionniste Martin Grubinger. « Il aimait beaucoup mon traitement différencié de la percussion », raconte Fraiderich Cerha. « Grubinger m’a demandé si je voulais lui écrire un concerto. Il a fallu un peu de temps pour que mon imagination musicale réagisse, puis j’ai composé la pièce d’une seule traite entre 2007 et 2008. »

Si certains compositeurs et interprètes collaborent sur l’écriture, notamment pour mieux profiter des possibilités du soliste, Friedrich Cerha a travaillé seul afin de « ne pas être influencé de quelque manière que ce soit. » D’un simple roulement de tambour, Friedrich Cerha ouvre le rideau de son théâtre. Car à défaut de mise en scène, il y a là une mise en espace, des lieux traversés par le personnage principal. L’instrumentarium du soliste étant réparti entre les trois mouvements, le soliste se déplace jusqu’à revenir à son point de départ ; s’engagent alors des dialogues avec l’orchestre, selon qu’il s’adresse à tout le groupe, à quelques instruments ou à un seul en particulier, notamment aux autres percussions. Réponses, résonances, échos : les phénomènes d’interaction sont eux aussi variés. Le compositeur évoque une construction rigoureuse, ici inspirée par un carré magique, ailleurs bâtie sur une superposition polymétrique complexe. Mais il précise avoir été également inspiré par la nature, par « le mouvement lent des corps célestes », par le besoin de chacun de rattraper et de dépasser l’autre, par la simple expérience du silence dans une forêt en pleine nuit, ponctué de quelques craquements de brindille de bruissements dans les feuilles, d’un appel d’oiseau au loin. Un imaginaire qui s’efface derrière la constellation des timbres : Peaux et percussions sèches au début, métallophones plus résonants, vibraphone, cloches, gongs, crotales et bols ensuite ; le finale impose alors, inexorable scherzo, le xylophone et les percussions en bois, jusqu’à ce que le cercle ne se referme sur les sonorités initiales.

François-Gildas TUAL

Durée : 35 minutes environ
Nomenclature orchestrale : 2 flûtes (la 2ème jouant aussi le piccolo), piccolo, 2 hautbois, 2 clarinettes, clarinette basse, 2 bassons, contrebasson, 6 cors, 4 trompettes, 4 trombones, 2 tubas, timbales, percussions, harpe, célesta, cordes
Première exécution à Monte-Carlo